Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Les maisons natales d'Eric Durnez

Publié par Compagnie LE LOCAL

affiche-les-maisons-natales-cie Le Local Jean Durozier

affiche-les-maisons-natales-cie Le Local Jean Durozier

Les Maisons Natales d’Eric Durnez

  • Mise en scène Any Mendieta et Eric Durnez
  • Interprétation Any Mendieta et Thierry Louyat
  • Création lumières : Nicolas Durozier
  • Musique : Pierre Bastien
  • Visuel Bastien Salesses
  • Production Cie. LE LOCAL

Origine du projet :

Fin 2011, Eric Durnez reçoit une commande des Adda du Lot, du Tarn, du Tarn et Garonne et du Gers pour un texte qui s’inscrive dans le réel de ces territoires, destiné à être transmis sous forme de lectures dans le cadre du festival « La vie rurale, c’est pas de la science fiction ». Eric choisit d’aller à la rencontre des personnes âgées isolées :

"Au printemps 2012, je suis allé à la rencontre de personnes âgées qui, pour la plupart, vivaient seules et souvent dans leurs maisons natales. Au bout du village, du hameau ou au cœur des campagnes du Gers, du Lot, du Tarn et de Tarn-et-Garonne, elles ont accepté de me raconter des fragments de leurs vies, voyageant parfois sans transition de l'enfance à aujourd'hui.

Beaucoup se demandaient en quoi leur parcours, qu'elles considéraient comme banal ou sans histoire, pouvait bien m'intéresser. Justement. Il n'y a pas de vie simple ou de destin banal dès qu'on s'en approche et qu'on s'y intéresse.

Les quinze personnes que j'ai découvertes ont chacune vécu des existences passionnantes, ont surmonté des épreuves et des chagrins, ont fait des choix difficiles, ont vu changer le monde, leur monde rural, à une vitesse quelquefois affolante, ont pris leur destin à bras le corps, même quand elles n'avaient pas la possibilité de choisir ou de prendre du recul.

Il ne s'agit pas de la restitution journalistique des entretiens mais de petites fictions nourries des récits, émotions, questions, silences captés pendant ces rencontres.

En toute subjectivité, j'ai essayé d'y faire passer quelque chose qui m'a surpris et touché lors de ces rendez-vous : arrivés au bout de leur vie, sans avoir ménagé leur peine, le corps parfois meurtri par la douleur ou la maladie, ces hommes et ces femmes diffusaient une force, une justesse et même une joie, qui ressemblaient à s'y méprendre à la sagesse. Il s'agit à présent de donner à entendre aux personnes concernées et à celles qui vivent dans le même village, le même coin, le même paysage, par la voix des comédiens-passeurs, ces petites histoires imaginées et rédigées sur l'humus du réel." Eric Durnez

Eric DurnezEric DurnezEric Durnez

Eric Durnez

Pourquoi ? Tenter de faire d’une esquisse une œuvre pleine.

La première version des « Maisons natales » a été écrite dans la perspective d’une restitution sous forme de lectures « mises en espaces » (concept hybride voire pis-aller). Il fallait donner à entendre plus qu’à voir.

Un motif d’étonnement et de grande satisfaction durant ces lectures a été la réponse du public à la proposition.

Partout où nous sommes passés, le nombre de spectateurs a été bien plus élevé que l’estimation qu’en faisaient les organisateurs locaux. Il nous semble que cela tient à l’adéquation entre les lieux choisis (propices à l’échange et à la proximité, non intimidants) et la thématique proposée qui concernait directement les habitants sollicités. L’événement était « à hauteur de public », particulièrement bienvenu dans une période difficile où le quotidien de la population est contaminé par la crise et le discours sur la crise, anxiogène et culpabilisateur. Ce climat sociétal, contrairement à ce qu’on pourrait craindre, n’amène pas tant des réflexes de repli sur soi qu’une appétence renouvelée pour le rassemblement, la perception physique du lien. Le spectacle vivant, pour autant qu’il soit accessible à tous et en résonnance poétique, métaphorique ou politique avec les préoccupations collectives, joue à nouveau le rôle qu’il est seul capable de jouer : faire se rapprocher les corps réels des citoyens et des artistes

Ce que nous avons vécu durant cette expérience, les échos qui nous sont parvenus, nous ont convaincus qu’il était opportun et passionnant d’aller plus loin et de transformer la lecture en véritable spectacle, c’est-à-dire d’amplifier la proposition, mettre en relief le silence, écrire avec la lumière, les costumes la scénographie, le son etc. Tenter de faire d’une esquisse une œuvre pleine.

Photos_répétition-Maisons natales d'Eric Durnez_cie Le Local Jean Durozier
Photos_répétition-Maisons natales d'Eric Durnez_cie Le Local Jean Durozier
Photos_répétition-Maisons natales d'Eric Durnez_cie Le Local Jean Durozier
Photos_répétition-Maisons natales d'Eric Durnez_cie Le Local Jean Durozier

Photos_répétition-Maisons natales d'Eric Durnez_cie Le Local Jean Durozier

Comment ?

« Les maisons natales » écrit pour deux comédiens est composé de cinq textes dans la nouvelle version :

Fait pour durer - Jour de retour - Le causse et la colline - Jour de départ - La vieille au bois dormant

mettant en relation un homme et une femme. Les comédiens sont appelés à changer de personnages à chaque séquence. Le texte étant issu de rencontres avec des personnes âgées isolées, il y a naturellement des rôles de vieux hommes et de vieilles femmes mais aussi des personnages d’une autre génération (un frère plus jeune, une infirmière sociale, une jeune femme…). Par ailleurs, d’une séquence à l’autre, les acteurs, au vu de tous, glissent d’un personnage à l’autre. Ces passages font partie intégrante du spectacle.

La scénographie ne cherche pas à figurer les lieux où sont censées vivre les personnes âgées (ces maisons natales qui font le titre du spectacle) mais plutôt un lieu métaphorique qui pourrait évoquer la mémoire, nos deux comédiens étant en quelque sorte des archivistes du vivant, prêtant leur corps et leurs voix non pas à des fantômes mais à des personnes qui, par choix ou par destin, vivent leurs années ultimes dans un relatif isolement, portant en eux le souvenir d’époques révolues et de transformations spectaculaires des conditions de leur travail et de leur vie.

Le dispositif dramaturgique et scénographique ne cherche surtout pas à induire la nostalgie d’un supposé « bon vieux temps » qui n’a jamais existé. Par sa douceur, sa luminosité, son nuancier, sa fluidité, il vise plutôt à diffuser une empathie, une tendresse, une curiosité d’enfant à l’égard de ces fragments de vie extraordinairement banals, banalement extraordinaires.

Vidéo_Les maisons natales d'Eric Durnez, production Cie Le Local Jean Durozier